Il est sans doute tout à fait banal et balisé de prendre des résolutions, de s'établir des programmes et de se dire que 2014 est l'occasion d'adopter de nouvelles habitudes.
Peu m'importe. On m'a demandé récemment quoi lire, alors je saisis cette opportunité de parler des livres, de mes livres.
Lorsque je jette un œil sur cette année passée, je ne peux que me désoler d'avoir déjà oublié ce que j'ai lu. Faut-il croire que rien ne m'a ébranlée ? Je ne crois pas.
Bon, quand même, il m'en reste quelques uns en mémoire :
- Villa des hommes, Denis Guedj : faire de la littérature avec des maths, c'est possible. Denis Guedj prend le prétexte de la cohabitation entre Matthias le cheminot et Herr Singer le mathématicien pour exposer la théorie de l'infini. Je vous JURE que ça ne fait pas peur.
- Madame Chrysanthème, Pierre Loti : lu juste avant d'aller au Japon. Amour-haine, car j'y ai trouvé cette ambiance si particulière du Japon, mais Loti est d'un mépris et d'une arrogance atroces envers les japonais. J'ai compris que tous les clichés insupportables répandus en France (affables, jaunes, petites fourmis obséquieuses) découlent de ce texte. Je l'aurais baffé.
- King est en quelque sorte mon ours en peluche littéraire. Lorsque j'ai besoin de lire quelque chose, notamment quelque chose de long qui va me demander de l'investissement, mais que je n'ai pas envie de chercher quoi, ni d'acheter, ni de prendre le risque d'abandonner, je sais que je peux toujours m'en remettre à ses bons soins. J'ai toujours un King pas encore lu chez moi. Cette année, j'ai abattu Christine, Duma Key, et suis allée à la moitié de Rose Madder, que j'ai je crois abandonné pour Guedj comme cité plus haut. Christine m'est quelque peu passé au-dessus. Duma Key vaut pour son ambiance de la Floride, plutôt agréable à lire en plein hiver (j'ai sérieusement tapé dedans lors de notre périple en bus de 12h pour atteindre Londres par temps de neige). C'est un peu stupide car je connais les rouages habituels de King par cœur maintenant. Mais quand même. C'est comme regarder un Maigret l'après-midi sur France 2. J'adore.
- J'ai aussi abattu lors de ma semaine dans le Lot, au mois d'août, La vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joel Dicker. Dispensable et oubliable, à mon avis. Correspond assez bien à la définition du best-seller selon Gérard Genette : suffisamment lourd pour lester une serviette sur la plage et suffisamment large pour attirer l'œil dans une vitrine.
Alors, alors, quoi lire, que faire, qui suis-je, où vais-je ?
J'ai débusqué ces derniers temps un certain nombre de comparses qui m'ont avoué n'avoir jamais lu King (oui, puisqu'on parlait de lui, autant poursuivre). Je vais tenter de répondre à cette épineuse question : Comment commencer King ?
Moi, je l'ai commencé en troisième, à l'occasion d'une fiche de lecture. J'avais fait la mienne sur Cinq petits cochons (je crois), et une de mes camarades sur La ligne verte. Je l'ai emprunté à la bibliothèque et ce fut le premier chapitre de notre histoire. Je sais bien qu'il est difficile de trouver encore des brebis innocentes qui n'ont pas vu ce fichu film. Sachez que moi, je ne l'ai pas vu. Pas entièrement du moins. Si c'est également votre cas, FONCEZ ! Vous allez simplement mourir de chagrin, mais après tout, c'est bien ce qu'on demande aux livres non ? Entrer dedans et ne pas en sortir indemne.
Bien. Ceci fait, les portes du roi vous seront ouvertes et vous n'aurez plus qu'à piocher allègrement dans tous ces titres dont vous avez déjà entendu parler mille fois. Sachez également que je diviserais King en deux catégories : les fantastiques et les autres. Réputé en tant que maître de l'horreur, à mon sens, elle n'en est que plus effroyable dans les romans qui ne sont pas fantastiques. Car dans ceux-là, on se confronte bel et bien à la folie potentielle, à la cruauté de la réalité. On se dit "Putain, ça pourrait arriver.", et c'est dur de dormir tranquille ensuite, parce qu'on a pas peur du noir, mais de son voisin dans le métro. Je compte parmi eux Cujo (vous ne verrez plus jamais les Saint-Bernard pareil), La ligne verte dans une certaine mesure, La petite fille qui aimait Tom Gordon, Rage (je ne sais pas encore tout à fait en réalité, puisque je ne l'ai pas encore lu. Si vous trouvez ce livre quelque part chez vous, conservez-le précieusement, King en a fait arrêter l'édition), et surtout Misery, qui est je crois mon préféré des préférés, pour l'écho qu'il a en moi, et sa capacité à m'avoir sortie de la réalité.
LE PITCH (je crois que c'est comme ça qu'on dit) : c'est un écrivain qui écrit de la merde alimentaire et qui décide un jour, pour mener à bien son projet de vrai écrivain de tuer une bonne fois pour toutes son héroïne gnangnan gagne-pain. Manque de bol, il a un accident de voiture au fin fond de je ne sais quel état paumé et c'est sa plus grande fan, ou plutôt la plus grande fan de Misery, son héroïne, qui le recueille. J'aime mieux vous dire tout de suite qu'elle est un peu contrariée lorsqu'elle apprend que Misery est morte...
Voila pour King d'après mon expérience, merci pour la tartine, et encore, il en reste encore un tas : Shining, Simetierre, Ca, et le petit nouveau Docteur Sleep.
D'autre part, je développe en ce moment une obsession pour le couple Gary-Seberg. D'elle, je ne sais pas encore grand chose, surtout qu'il est question à son sujet de films (horreur), mais je vais y travailler (comprendre : voir A bout de souffle).
Alors, oui, il faut avoir lu Gary. J'ai envie de dire, au moins La promesse de l'aube et La vie devant soi.
Là-dessus, je ne ferai pas la maligne comme je l'ai fait avec King, car Gary me dépasse totalement et ce qu'il touche en moi est mille fois plus profond. On ne parle pas seulement de s'occuper l'esprit.
La promesse de l'aube est l'histoire de la Mère, celle de Gary et de toutes les autres aussi. Peut-être que comme moi vous avez grandi avec l'album J'ai un problème avec ma mère de Babette Cole, et bien c'est comme la version adulte. LISEZ-LE.
La vie devant soi est comme une autre histoire de mère... la fin me fout encore des frissons (je l'ai fini il y a cinq ans). LISEZ-LE AUSSI.
Moi, cette année, en matière de Gary, il faudra que je pense aux Racines du ciel. On y sauve des éléphants... c'est beau les éléphants.
Zweig est un classique. Il est donc nécessaire. Pour moi le roi des nécessaires est Ivresse de la métamorphose. Déjà, avec un titre pareil, t'as perdu ni ton temps ni ton argent. Ivresse de la métamorphose. Magique, magnifique. Ca te vend du rêve (quelle expression horrible) et c'est à la hauteur de ce que tu n'espérais même pas.
Les Chroniques de San Francisco, Armistead Maupin. Plein de tomes agréables et pas gnangnan, qui me font considérer sérieusement pendant cinq minutes la possibilité de devenir végétarienne à Frisco. (ça se passe dans les années 70 à SF, y a plein de personnages, j'en ai fait un roman d'été).
Sur l'autre versant US, celui qui fait peur, il y a Il faut qu'on parle de Kevin, de Lionel Schriver (adapté au ciné avec Tilda Swinton dans un film que je n'ai pas vu). Parfois long et un peu lourd, mais vraiment intéressant. C'est un peu aussi l'autre versant de Gary : après avoir été du côté de l'enfant on passe du côté de la mère... pour le pire. Je pense que ce bouquin a eu une résonance particulière en moi car je l'ai lu lors de mon voyage à New York en août 2012. C'était une ambiance vraiment spéciale, de lire ce livre et de me balader ensuite au milieu de tout ce qu'il dépeignait.
Oh, quelque chose de réellement formidable, facile, abordable, et épatant (rien que ça. Si vous êtes déçu, je fais satisfait ou remboursé en Granola) : La planète des singes, par Pierre Boulle. Oui, il y a un roman à l'origine de ce pain-béni hollywoodien, un roman français. Et personne ne s'en souvient. D'autant moins que Boulle est également l'auteur du Pont de la rivière Kwaï. Je ne comprends pas ce qu'il a bien pu faire pour tomber aux oubliettes ainsi. Bref. J'ai vraiment adoré La planète des singes. Ah, oui, détail : je n'ai pas vu le(s) film(s), bien entendu. Réfractaire à la toile blanche, vous dis-je. Une nouvelle fois, si vous êtes comme moi, foncez.
Je crois que j'ai livré un certain nombre de choses, déjà. Il y en a pour tous les goûts.
De mon côté, voici ce que je place en haut de ma liste mentale des choses à lire :
- La marche de Radetzky, de Joseph Roth. Plusieurs tentatives infructueuses depuis plusieurs années. Dette entre moi et moi de 17 ans.
- L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon. Reçu pour mon anniversaire.
- Le comte de Monte-Cristo, Dumas. Bien besoin d'un bon vieux classique. Ne me déçois pas, Alex, on t'a vanté à mes oreilles.
- L'art de l'oisiveté, Herman Hesse.