Les mots

sept. 1999
De la part de P. et M. 
En souhaitant que ton goût pour la lecture ne faiblisse pas, et que tu continue à rêver, avec des personnages tels que Zézé. 
"Si je meurs, ne lisez pas ce que j'écris, vous seriez déçus."
"Ce silence terrifié qui était tombé entre la mère, le fils, la petite-fille, ce frissonnant silence où les familles enterrent leurs tragédies domestiques" Le Docteur Pascal
"Il est difficile de discerner ce que nous ôtent, en mourant, ceux que nous avons aimés."
"Hélas, il faut croire nos réveils. Ma gorge obstruée me dit : Grégoire est mort. Grégoire n'est plus où je m'obstine à demeurer. Grégoire n'est pas parti, Grégoire ne nous a pas quittés, Grégoire n'est pas décédé, Grégoire est mort. Il n'y a pas d'autre mot."  Journal d'un corps
"Car il paraît que nous aussi nous sommes des raisons de vivre, qu'il ne faut pas ajouter le départ au départ, que le suicide est fatal au cœur des survivants, qu'il faut s'accrocher, s'accrocher quand même, s'accrocher avec les ongles, s'accrocher avec les dents." Monsieur Malaussène
 "En même temps je me dis qu'il faut lâcher prise. En fait, ce qu'il faut décider, c'est de savoir si l'on veut ou non être fou, et je n'ai pas l'énergie, la volonté absolue, brûlante, qu'il faudrait pour choisir la folie permanente." L'autobus de Bardon
"Je compris qu'avec une personne condamnée, les formes de l'amour peuvent être maintenues, mais à cette différence que cet amour est mesuré, discipliné, parce qu'il faut soi-même survivre." Les lunes de Jupiter
"J'ai compris alors que le pouvoir n'est donné qu'à celui qui ose se baisser pour le ramasser. Il ne s'agit pour cela que d'une chose, d'une seule : il suffit d'oser." Crime et Châtiment
"Et que la grenade est touchante, dans nos effroyables jardins"
"Oui, j'écris ton histoire. Et celle des tiens. Des miens désormais. Parce que tu m'as dit sans rancœurs ni haines le terrible des petites vies de rien, et de leurs théâtres intimes, que les mots sont de la chair, qu'il suffit de les écouter battre, bien au ras des émotions simples, et qu'ainsi tu m'as fait comprendre le métier d'écrire. Parce que avec du vif, sincère, sans fard, sans frime, ta vie dans tes paumes ouvertes tu m'as dit aussi l'humanité nue. Pas l'idéale, celle des religions et des philosophies, ni la créature politique, mais celle qui a mal aux dents, qui essaie d'aimer à grande douleur et immenses espoirs, malgré son gros nez, malgré la maladie, les préjugés, malgré les gloires savoureuses et les bravos, la ballotée d'histoire, l'oubliée des guerres et des destinées jolies, la minuscule, celle qui trahit et tue, et celle qui a peur, l'innocente et l'héroïque ordinaire, celle qui veut enfermer l'univers dans son poing fermé et ne peut y tenir un papillon. Tu n'es plus Max, tu as rejoint Luz et Amparo, et Gérard Philippe, quelque part dans le grand néant. Mais je sais désormais le mal délicieux de Chimène des bas-fonds, de Rodrigue des beaux quartiers, et que l'histoire de nous autres, hommes de peu, n'est que le malentendu d'un baiser attendu et jamais réclamé." Et mon mal est délicieux
"Le sentiment du "déjà-vu" ne se comprend pas autrement : toute existence à venir, chacun l'a rêvée enfant et c'est pourquoi, devant tout évènement vécu, quelque chose nous avertit obscurément que cela, nous l'avons déjà connu."
"Pourtant, je ne voulais pas écrire de roman qui se passerait au Japon - parce que je savais que la formule n'existe pas, que je ne saurais pas en inventer de nouvelle, qui permette de faire autre chose que de répéter les vieilles fables exténuées d'un exotisme convenu. C'est à un tel livre au fond que je pensais tout d'abord : le récit truqué d'une révélation, un conte consolant et finalement mensonger. Mais, depuis, le miroir était tombé. Et du grand fond jaune qu'il avait découvert, d'autres histoires s'étaient mises à parler. Il a fallu un certain temps pour que tous ces récits s'ajustent dans ma tête et que je comprenne le sens que formaient ces fragments de romans. Kobayashi Issa, Natsume Sôseki, Yosuke Yamahata : trois fois une seule histoire, bien sûr, et toujours la même. Et si cette histoire prend pour personnages des artistes (un poète, un romancier, un photographe), si elle dresse son décor dans un pays lointain (le Japon), sans doute est-ce par facilité ou par faiblesse et parce que cette convention en vaut une autre lorsqu'il s'agit de faire tenir des mots autour de quelques images dont la vérité concerne tous les vivants. C'est l'histoire de chacun. Et c'est la mienne aussi. Il n'y a rien qui soit assez fort pour empêcher que reviennent à soi les images de sa propre vie, et qu'elles sortent de l'épaisseur jauneet abstraite où flottent des fantômes."
"Qu'est-ce qu'un témoin ? Quelqu'un qui a vu - malgré lui, par hasard ou bien par accident, en dépit de tout et surtout de son désir d'être ailleurs - et qui, ayant vu, doit soutenir jusqu'au bout la honte, le chagrin, la culpabilité auxquels son regard l'a lié à jamais." Sarinagara
"Les femmes de ton genre que j'ai connues dépriment facilement car on ne les estime que pour leur apparence, chose qu'elles n'ont pas choisie, tu piges ?" Dalva
 

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