C'est l'heure, donc.
Faisons du 1er janvier un jour de rituel littéraire.
2014 s'est écoulée remplie de rencontres, de bouquins, nombre d'entre eux très forts.
En premier lieu, si je reprends mes résolutions de l'année passée, je constate que des quatre qui étaient soi-disant en tête de mes priorités, un seul a été abattu, pas des moindres certes puisqu'il s'agit de La marche de Radetzky. Le comte de Monte-Cristo et L'art de l'oisiveté ont été entamés (fin de nuit blanche dans l'aéroport de Bangkok pour le comte...) mais assez rapidement abandonnés. À reprendre. Quant à Carlos Ruiz Zafon, je n'ai tout simplement pas pu, tolérer son style exaspérant et son histoire inintéressante était au-dessus de mes forces.
Radetzky, donc, m'a coûté cher, mais je l'ai lu, finalement, et c'est avec satisfaction que j'ai pu libérer la place qu'il occupait depuis tant d'années dans ma liste. Le couronnement étant d'avoir choisi d'échouer à Vienne en cette fin d'année, sans lien avec le bouquin en question, mais bien obligée, une fois là-bas, devant les tableaux, entre autres, d'un nommé Koloman Moser, de faire le lien avec Roth.
Mais pour cette année, les rencontres les plus extraordinaires n'ont pas été celles-ci. Je pense que je peux très précisément les dénombrer.
Les racines du ciel, Gary. Gary, encore. Gary, les éléphants, l'amok, la beauté, l'Afrique, l'impuissance. Gary qui contrebalançait tout ce que je devais avaler de mauvais.
Sarinagara de Philippe Forest. Je ne sais plus où j'en avais entendu parler, mais je l'avais noté depuis un moment. Magnifique, mais au-delà du deuil qu'il raconte, une perception et une description du Japon si juste, comme je n'en avais jamais lu ailleurs (du moins, nulle part chez quelqu'un ne relevant pas de la "sphère japonisante").
Deux autres ensuite qui se sont trouvés projetés sur la liste, un peu par hasard, au fil des rencontres et des barrières sociales qui s'amenuisent : D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère, et Dalva, Jim Harrison. Dur, dur, dur, mais de très beaux échos, des pistes lancées à rattraper. Des histoires de famille, essentiellement, enrobées de deuil et de naissance, de nature, de rapport à la terre et à la mémoire, avec en fond l'idée que j'y trouve et que je me grave en tête, un peu plus chaque jour : les survivants ont le droit de vivre.
Depuis ces quatre là, lire est devenu difficile et j'ai maintenant aussi une liste dont j'ai un peu honte, peu glorieuse, celle des abandonnés en cours de route : Bouvard et Pécuchet, Beloved, L'appel du coucou, L'éducation sentimentale, Belle du seigneur. Tout ça, à peine depuis le mois d'août.
Pour reprendre le fil, je tente de suivre une route, La route du retour, de Harrison encore, suite de Dalva. J'y cherche quelque chose, mais je ne suis pas sûre que ce bouquin pourra me l'apporter.
On dirait que j'ai passé une année entière sans lire un seul King.
Je ne me fixe pas tellement d'objectifs impérieux, en ce 1er janvier 2015. Il me faut d'abord retrouver un rythme, un apaisement dans la lecture, que j'ai perdus avec tous ces bouquins entamés puis négligés.